Rhdp : La restructuration en question

par NORDSUD
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Le rêve de Ouattara. Que veut faire le Président ? Il veut achever de bâtir un grand parti national. Qui soit le creuset de toutes les sensibilités qui composent ce pays. Et dont l’assise populaire est suffisamment forte pour assurer une stabilité des institutions et une paix durable en Côte d’Ivoire.

Un grand parti qui stabilise le pays.

Tout un programme.

Cet enjeu est-il tenable ? Assurément oui ! En raison du leadership du Président ivoirien. Dans un pays en ruine, Alassane Ouattara a rebâti le socle institutionnel du pays.  En moins de 10 ans, il a remis l’Etat sur pied.

Réorganiser son parti politique pour continuer à porter ses ambitions est absolument dans les cordes du Président du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

Cela dit, le Rhdp nouveau, le Rhdp restructuré, dont on parle depuis la fin des législatives de mars 2021, n’est pas une création nouvelle.

Le parti a une histoire. Cette histoire puise sa source dans celle du Rassemblement des républicains (RDR) né en 1994. Cette histoire est surtout la suite de la plateforme de rassemblement mise sur pied par l’opposition significative (RDR et Pdci principalement) en 2005 pour faire front à l’autoritarisme du régime frontiste dirigé par Laurent Gbagbo au pouvoir de 2000 à 2010. 

Le parti a également un bilan. Le Rhdp consolide son ancrage électoral depuis 2012. Seul face à toute l’opposition, son candidat a raflé trois millions de suffrages au dernier scrutin présidentiel d’octobre 2020. Et le parti représente près de 70% des élus nationaux et locaux au dernier bilan 2022.

Enfin, le Rhdp, dans sa forme actuelle est lancé par Alassane Ouattara le 16 juillet 2018, il y a quatre ans. Mais les Houphouétistes ne sont pas en retard : Le Pdci d’Henri Konan Bédié a entamé une réorganisation interne après avoir choisi de quitter le Rhdp le 9 août 2018. Et Laurent Gbagbo vient de créer, seulement le 17 octobre 2021, un nouveau parti, le Parti des peuples africains (PPA-CI), après un divorce difficile avec le Front populaire ivoirien (FPI).

Tous les ténors de la scène politique ivoirienne sont donc en restructuration, en réorganisation ou en création.  

Alassane Ouattara restructure donc.  Le Rhdp, lui aussi, durant sa trajectoire récente, a connu bien des tourments.

Des batailles d’egos qui ont amené certains acteurs à quitter le navire Rhdp. Certains réclamaient l’étendard. D’autres, rien moins que les clés.  Et de la maison et des coffres.

Pour ceux qui sont restés, on a assisté au choc des ambitions multiples.

Toutes et tous ont déjà la tête en 2025. Alors que leurs pieds et leurs mains n’en ont pas encore fini d’aider le Président Ouattara à consolider le quinquennat 2020 qu’il a fallu sécuriser de haute lutte.

AGC. Puis il y a eu la grosse secousse.  La disparition du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le président du Directoire, le délégué à la gestion du parti, le bras de Ouattara. Cela a non seulement affaibli le lien entre le Président et le parti, mais encore, coupé le pont entre le sommet et les bases. Le Rhdp a perdu du souffle. Pas d’animation. Peu d’actions. Beaucoup de réactions.

L’enjeu de la restructuration, c’est non seulement de redonner vie au parti, mais plus encore de consolider sa position sur l’échiquier.

Il faut dire, qu’avec ses crises successives, la décennie qui vient de s’écouler (2010-2020) a rebattu les cartes, remis les compteurs à zéro et situé sur l’état des forces en présence.

Le paysage politique change. Il se renouvelle. Des alliances se défont. De nouvelles alliances se nouent.

Les TSO (Tout Sauf Ouattara) toujours à l’affût. Une chose ne change pas : Aujourd’hui, comme hier, le Président Ouattara reste au centre des passions et des adversités. Comme hier avec le RDR, le Rhdp est une cible.

Les inimitiés du temps de l’opposition se transposent, avec parfois beaucoup plus de vigueur maintenant que le Rhdp est au pouvoir. On l’a bien vu en 2020 avec la crise de l’élection présidentielle.  

C’est pour tout cela que la restructuration du Rhdp est un moment clé.

D’abord la cause. Hier Alassane Ouattara se battait pour une citoyenneté inclusive. Aujourd’hui, sa cause, son leitmotiv, c’est de revisiter le contrat social pour raffermir la nation. Après trente années de crises, de déchirures et d’incertitudes, Ouattara veut définitivement redonner à la Côte d’Ivoire sa sérénité. L’objectif, c’est la paix, la paix durable et le progrès social. Et les discours raides que l’on entend chez les opposants du Pdci et du PPA-CI montrent bien que l’équilibre actuel ne tient qu’à un tout petit fil.

Ensuite, la nouvelle direction. Alassane Ouattara a confié les clés du Directoire du parti à Gilbert Kafana Koné. Il est ministre d’Etat, ministre chargé des Relations avec les institutions. Il sera secondé par Robert Beugré Mambé, le Ministre Gouverneur du district d’Abidjan. Une direction qui n’a en tête que le service et la mission. La mission au service du Rhdp.

Une direction qui n’a pas d’agenda caché. Pas de projections. Une direction concentrée, qui fait absolument corps avec le Président du parti pour viser et atteindre le but. Parce que les batailles qui viennent appellent nécessairement de l’abnégation, de la concentration et de la détermination.

Enfin les équipes. Alassane Ouattara a fixé aux nouveaux promus un niveau d’exigence maximale. Le nouvel édifice Rhdp doit être harmonieux, cohérent.

La cohérence d’ensemble. Celle-ci appelle à la solidarité et à la mutualisation des efforts entre les cadres dirigeants.

Solidarité et mutualisation des efforts sont généralement des denrées rares dans les partis de gouvernements. Ou le plus gros de l’énergie est consacré au plan de carrière et au bon positionnement individuel. Avec des rivalités internes plus ravageuses à l’intérieur de l’appareil qu’à l’extérieur.

La cohérence selon Ouattara, c’est aussi pour tous les cadres et les militants Rhdp de s’affranchir de leur parti d’origine. Parce que le Rhdp se veut l’addition de forces qui se fondent dans un ensemble appelé à devenir «cohérent».

C’est un des défis majeurs qui attendent la restructuration. Il faut réussir à faire coexister, à fusionner et à harmoniser des trajectoires historiques différentes. Des destins qui se sont opposés et même affrontés par le passé. Il faut surtout parvenir à mettre en mouvement cet ensemble pour faire front, accomplir l’idéal et atteindre les objectifs que le Rhdp s’assigne.

Une mission qui nécessite une génération.  Mais qu’il faut réaliser en moins d’un quinquennat.

Le 3 mars dernier, Alassane Ouattara a réaffirmé sa vision, défini les priorités et fixé le cap.

Avec une certaine insistance.

Il reste que cette vision du Président du Rhdp habite les cadres du parti.

La claire conscience des objectifs, la concentration sur le principal, la générosité d’esprit.

Voilà ce qui nous paraît important pour consolider le Rhdp et éviter les aventurismes politiques qui conduisent au pire.

Pour nous édifier, nous avons sous les yeux les parcours chaotiques du Pdci et du FPI depuis deux décennies.

De quoi fouetter les consciences les plus endormies.

Méité Sindou

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