Réconciliation: La crise permanente

par NORDSUD
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La réconciliation.  La thématique continuera de rythmer le débat public ivoirien pendant des années encore.

Posons-nous les bonnes questions : La Côte d’Ivoire a-t-elle un problème d’harmonie inter communautaire ? Les crises politiques ont-elles altéré notre vivre ensemble ? Avons nous besoin impérativement d’un grand forum, sorte d’exutoire, pour «réconcilier» les Ivoiriens ?

Des expériences, il y a en a eu. Au gré des crises, la Côte d’Ivoire a connu toutes sortes de cadres de concertation.

En 2000, par un Conseil des ministres du 12 janvier, le chef de la junte qui avait renversé le président Bédié quelques mois plutôt, le général Robert Guei, avait institué un cadre de réconciliation comprenant tous les partis politiques, les organisations de la société civile et les forces dites vives de la nation. C’était la Commission Consultative Constitutionnelle et Electorale. Son objectif, réunir et réconcilier les Ivoiriens autour des nouvelles règles du jeu électoral. Quatre mois plus tard, cette commission avait achevé de diviser les Ivoiriens. La Constitution qu’elle a écrite a débouché sur la première grave crise politique de l’ère post-Houphouët. La présidentielle d’octobre 2000 s’est soldée par l’exclusion d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara et par cinq cent morts à l’issue du scrutin présidentiel.

Bédié avait inventé le concept de l’Ivoirité qui a provoqué le coup d’Etat de 1999. Gbagbo Laurent et Robert Guei en ont conçu le mode opératoire.

2001. Une année plus tard, on remet le couvert de la grand’messe de la réconciliation. Cette fois, cela s’appelle le Forum de réconciliation nationale. Il se tient pendant deux mois, du 9 octobre au 13 décembre 2001. Il est censé corrigé les affres de la grave crise née des élections présidentielles de 2000.

Ce forum, dirigé par l’ancien Premier ministre de transition, le défunt Seydou Elimane Diarra, accouche de résolutions équilibrées, notamment la reconnaissance de la citoyenneté de Ouattara, la légitimité des institutions et le maintien de la Constitution confligène de 2000.  Tout cela n’empêche pas le pays de basculer dans une rébellion en 2002.  

2003. Après le départ de feu de la crise armée de 2002, la communauté internationale a parrainé pas moins de huit accords inter ivoiriens, de Lomé à Ouagadougou en passant par Marcoussis, Accra et Pretoria. Autant de cadres de réconciliation avec tout ce que la Côte d’Ivoire compte comme décideurs. Cela n’a pas empêché Gbagbo de relancer la guerre en 2004 avec l’opération Dignité et la longue crise postélectorale de 2010.

Pourquoi tout cela échoue-t-il ? D’abord parce que les résolutions qui sortent de ces fora ne sont jamais respectées par les acteurs concernés. Ensuite parce qu’à la vérité, ces instances étaient destinées à légitimer des forfaits politiques, à justifier, comme en 2000, des exclusions.

Aujourd’hui, on revendique la réconciliation pour anticiper sur le débat électoral de 2025.

Car ce débat, on le comprend bien, est celui des politiques.

Qu’en disent les Ivoiriens ?  

Nous avons consulté les résultats de quelques relevés de perception de l’opinion. Ces relevés disent que les Ivoiriens ont des préoccupations précises : d’abord le chômage, notamment des jeunes. Ensuite, la pauvreté. Et enfin la qualité de l’école. En moyenne, moins de 4% des sondés sont intéressés par les questions liées à la réconciliation nationale.

On peut en déduire donc que la réconciliation, c’est le débat que l’on agite dans le microcosme des politiciens. Pourquoi ? Pour redéfinir artificiellement les règles du jeu. Pour redistribuer les cartes et obtenir par la pression politicienne ce qu’on a échoué à gagner par les urnes.

Réconcilier les Ivoiriens ? Le processus est en marche. Par la paix, la sécurité, la justice. Mais aussi par les infrastructures, les pôles de développement régionaux, la répartition des acquis de la croissance et la solidarité. Tous ces mécanismes ne sont certes pas parfaits. Mais ils sont en construction.

Réconcilier les politiques ? Cela sera évidemment plus difficile. Il faudrait pouvoir leur faire partager une vision, par exemple une projection de notre pays en termes de transformations structurelles profondes pour les décennies qui viennent. Ou les réunir autour d’une certaine conception de la politique qui met l’ordre républicain au-dessus de tout.

Pour cela, on l’a tous compris, il faut attendre une nouvelle génération ; ou plutôt non ! La nouvelle génération d’hommes politiques. La maturité et la sagesse plus que la jeunesse.  

Méité Sindou

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