Alassane Ouattara. Le chef de l’Etat a entamé depuis 2011 un grand chantier de reconstruction nationale : Repositionnement diplomatique du pays. Relance de l’économie nationale. Amélioration du système de redistribution sociale.
Les défis les plus délicats restent la consolidation des institutions, la construction d’une paix civile durable et l’approfondissement de la démocratie.
La présidentielle 2020 a été émaillée de violences. Comme une réplique, un spasme après la grosse fièvre de la crise postélectorale de 2010. Des pics de folie ont été atteints : Conflits inter communautaires suscités par les politiciens, tueries de masse, tentative de putsch à travers un fantomatique conseil national de transition…
L’opposition a mis tout en œuvre pour déboulonner le régime RHDP du pouvoir d’état, sans passer par la case élection. Sans succès.
La Côte d’Ivoire est-elle en train de prendre un nouveau tournant ? La scène politique vat-elle radicalement changé ? La classe politique, notamment l’opposition, tourne t-elle le dos à la belligérance, à la confrontation violente pour un débat citoyen, républicain et démocratique ?
Il faut attendre pour voir.
Aujourd’hui, les élections générales sont terminées. La fièvre est retombée. Mais la scène politique bouillonne. Tout le monde met à profit l’accalmie relative pour préparer les batailles qui arrivent dans quatre ans.
Mis à part Guillaume Soro, qui prospère encore dans le maquis, le couteau entre les dents, L’opposition a changé son fusil d’épaule. Elle a quitté la belligérance pour la politique. C’est le temps des recompositions.
La recomposition, c’est d’abord à gauche. Depuis le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire le 17 juin dernier, le front de gauche que représente le Front populaire ivoirien depuis 1990 a volé en éclat. L’ancien président de la république a officiellement quitté le FPI pour lancer une nouvelle formation politique d’ici à fin octobre. Simone Gbagbo a pris ses distances en encourageant une coalition de mouvements citoyens portée sur les fonts baptismaux en son nom. Blé Goudé, quant à lui, envoie des signaux qui montrent très clairement qu’il pourrait couper le cordon. Affi N’guessan garde ce qui reste de l’enveloppe d’un FPI qu’il espère fructifier. Et tous les partis de l’ancienne ligue de la majorité présidentielle (LMP) qui avait tenu à bout de bras le régime frontiste se cherchent un positionnement.
La recomposition, c’est également à droite. Le rêve d’une grande coalition houphouétiste a commencé le 19 mai 2005 à Paris, avec le RDR et le PDCI comme têtes de pont. Henri Konan Bédié a tué le rêve le 18 août 2018 en décidant de mettre fin à la participation de son parti au Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Malgré deux succès électoraux majeurs, en 2010 et en 2015. Depuis le PDCI se réorganise en interne. Et il tente de constituer une nouvelle coalition. Y compris avec Laurent Gbagbo.
Une recomposition tous azimuts qui impose au RHDP de réajuster son organisation. Un défi, car le RHDP est le plus récent des grands partis du landernau politique ivoirien. Il a certes hérité des 26 années de patrimoine et d’expérience du Rassemblement Des Républicains (RDR). Mais il n’a été transformé en parti politique que le 16 juillet 2018. Il n’a que trois ans. Il est donc le plus jeune des partis politiques. Le plus grand, parce que c’est le parti de gouvernement qui contrôle toutes les institutions. Mais également le plus combattu. Le RHDP est et reste, quelque soit les combinaisons, le parti à abattre pour les échéances politiques qui se profilent à l’horizon.
Une nouvelle partie est donc n préparation. Un épisode décisif, peut-être le dernier du long cycle politique qui a commencé depuis la mort du Président Houphouët-Boigny le 7 décembre 1993.
Notre histoire politique suit donc son cours. Avec à la clé, un enjeu majeur : Une paix définitive par la stabilisation durable de nos institutions. Ou le chaos.
Dans cette recomposition tous azimuts, qui peut nous mener à la paix ou au chaos, la responsabilité de l’ensemble de la classe politique est grande.
Et la mission de veille du RHDP aux côtés du Président Ouattara est encore plus délicate.
MÉITÉ SINDOU
