Une tension croissante à l’approche de l’élection présidentielle de 2025
À cinq mois de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre 2025, la tension monte dans les rangs de l’opposition ivoirienne. Alors que plusieurs de ses figures de proue, dont Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Tidjane Thiam et Charles Blé Goudé, sont d’ores et déjà écartées de la course, des appels à la mobilisation populaire et à la contestation se multiplient, ravivant le souvenir du Conseil national de transition (CNT) controversé de 2020.
Gbagbo appelle à un large rassemblement au-delà des partis
L’ancien président Laurent Gbagbo, chef du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), semble vouloir relancer la dynamique d’union de l’opposition. Mais son initiative peine à trouver un écho favorable auprès de ses anciens alliés. À l’issue d’une réunion stratégique du Comité central de son parti le 26 avril dernier, M. Gbagbo a appelé à un large rassemblement des mécontents, au-delà des clivages politiques traditionnels.
« Il faut réunir tous ceux qui ont quelque chose à déplorer : ceux à qui on a cassé la maison, ceux que l’on paie mal, ceux pour qui la vie est devenue chère. Nous devons leur ouvrir les bras. Il faut que ce mouvement sorte. On ne peut pas continuer comme ça », a-t-il martelé, dans ce qui s’apparente à un virage populiste et contestataire.

Un leadership isolé au sein de l’opposition
Malgré ses efforts pour fédérer l’opposition, l’ex-chef d’État ivoirien se retrouve relativement isolé. Des partis comme le COJEP de Charles Blé Goudé, le FPI de Pascal Affi N’Guessan ou encore le PDCI de Tidjane Thiam, sans oublier Simone Gbagbo, ont préféré s’engager dans la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), s’éloignant ainsi de la démarche solitaire du leader du PPA-CI.
Faute d’une union politique, Laurent Gbagbo semble désormais vouloir compter sur la rue.
« On prendra les rues un jour. Mais ce n’est pas quand ton adversaire t’attend dans les rues que tu y vas », a-t-il lancé.
Ces propos font sans doute écho à ceux de Damana Pickass, vice-président du PPA-CI, pour qui le « mouvement de la Renaissance » lancé par Gbagbo doit s’étendre à toute l’Afrique.
« Monsieur le président, vous avez inauguré une ère en Afrique ; une ère de résistance et de dignité. Ils ont cru qu’en vous enlevant, ils allaient étouffer cette graine. Malgré le fait qu’on vous a déporté, cette graine a commencé à produire des fruits un peu partout en Afrique. Cette graine a produit ses fruits au Burkina, au Mali, au Niger, au Tchad… Cette graine est en train d’envahir l’Afrique. Mais, il reste ici où la graine a été enfouie. L’éclosion de cette graine dépend de vous », avait affirmé Damana Adia Pickass, lors de la ‘’fête de la Renaissance’’ du PPA-CI.
Le 10 mai, le parti a accueilli à son siège des candidats recalés de la fonction publique, amorçant ainsi un processus de mobilisation sociale qui pourrait déboucher sur des actions de perturbation.
Bras de fer judiciaire et exclusions électorales
Cette montée en tension intervient sur fond d’exclusions électorales amplement justifiées. En plus de Laurent Gbagbo, d’autres figures majeures sont radiées des listes électorales. Tidjane Thiam, président du PDCI, en fait partie depuis le 22 avril. Son parti a réagi en annonçant des mobilisations qui ont fait chou blanc.
« Le PDCI lance un appel à tous ses militants et militantes sur tout le territoire national de bien vouloir se mobiliser, à partir du 2 mai, si rien n’est fait, pour des actions de mobilisations et de protestation dont le programme plus détaillé leur sera communiqué à travers les hauts représentants et dans chaque district de la Côte d’Ivoire. », avait indiqué le 28 avril dernier le porte-parole Brédoumy Soumaïla.
Une posture en totale opposition au principe républicain qui prescrit le respect des décisions rendues par la justice. Car, faut-il le rappeler, le PDCI, sous l’impulsion de Henri Konan Bédié et Émile Constant Bombet, avait engagé des réformes pour exclure Alassane Ouattara du jeu politique dans les années 1990.
S’il avait dénoncé cette exclusion, le président du Rassemblement des républicains (RDR) n’avait pas défié les institutions. Il avait renoncé au scrutin présidentiel de 1995, pour mieux se préparer à celui de 2000. Une stratégie qui lui avait permis, en 2010, de remporter le scrutin présidentiel face à Laurent Gbagbo.
Guillaume Soro, toujours combatif depuis l’exil

Troisième figure de l’opposition, Guillaume Soro a également annoncé ce mercredi 30 avril qu’il n’accepterait pas sa radiation de la liste électorale.
« Je le dis solennellement ici : je n’accepterai jamais cette exclusion. Pas tant que je vivrai », a déclaré l’ancien président de l’Assemblée nationale.
Son mouvement Générations et peuples solidaires (GPS), bien que dissous depuis 2021, reste actif en ligne.
Le spectre du CNT et la peur d’un remake
Le spectre du CNT de 2020, mis en place par l’opposition pour contester la réélection d’Alassane Ouattara, semble planer à nouveau. À l’époque, cette tentative avait finalement été étouffée par le pouvoir. Aujourd’hui, les velléités de troubles, bien que voilées, s’inscrivent dans une logique similaire.
Ancien soutien de Laurent Gbagbo, Zadi Djédjé dénonce les non-dits de ce regain de menaces de l’opposition.
« Trop c’est trop à leur volonté d’insurrection qu’ils préparent dans ce pays. Il n’y aura pas de CNT bis en Côte d’Ivoire », met en garde le président de l’Alliance des Ivoiriens pour la démocratie (AID).

CAP et le pari risqué de la mobilisation populaire
Alors que l’échéance électorale approche, le climat politique s’alourdit, entre contestation judiciaire, fractures internes de l’opposition et velléités de mobilisation populaire. Dans cette veine, la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP), qui regroupe notamment le PDCI de Tidjane Thiam et le Mouvement des générations capables (MGC) de Simone Ehivet-Gbagbo, joue son va-tout ce samedi 31 mai, à travers un meeting projeté à Yopougon.
Le pari d’un renversement par la rue sera-t-il tenté ? L’histoire récente du pays invite à la prudence.
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Marc Dossa
