Une opposition en difficulté à cinq mois du scrutin
Présidentielle 2025, à moins de cinq mois de l’élection prévue le 25 octobre en Côte d’Ivoire, l’opposition ivoirienne traverse une zone de fortes turbulences. Plusieurs figures majeures en sont exclues, faute d’éligibilité, de condamnations judiciaires ou de batailles internes. Résultat : les partis d’opposition, désorientés, peinent à désigner des candidats crédibles, légitimes et juridiquement recevables.
Le constat est aussi sévère qu’inquiétant : ni Laurent Gbagbo, ni Guillaume Soro, ni Charles Blé Goudé, ni même Tidjane Thiam – longtemps perçus comme les têtes d’affiche de la future bataille électorale – ne figurent sur la liste électorale définitive. Leur éviction fragilise davantage une opposition ivoirienne déjà marquée par la division.
Condamnations et irrégularités constitutionnelles
Pour l’ancien chef de l’Etat et son ex-Premier ministre, l’exclusion tient avant tout à des décisions judiciaires.
- Laurent Gbagbo, radié depuis 2020, purge toujours une condamnation de 20 ans pour le « casse de la BCEAO » durant la crise post-électorale de 2010-2011. Même pour des raisons humanistes, il n’a pas été emprisonné.
- Guillaume Soro, en exil depuis 2019, a été condamné à perpétuité en 2021 pour « atteinte à la sûreté de l’État ».
- Charles Blé Goudé, lui aussi condamné à 20 ans, demeure non éligible.
Quant à Tidjane Thiam, patron du PDCI, son cas illustre un autre type de déconvenu : des questions administratives et politiques. Radié en avril 2025 pour avoir détenu la double nationalité – proscrite pour tout candidat présidentiel selon l’article 48 de la Constitution – il a renoncé à sa nationalité française en février dernier. Trop tard, selon les textes.
Crise de leadership et dissensions internes
Loin de s’unir pour contourner ces blocages, les partis d’opposition s’enfoncent dans les rivalités internes.
Au PDCI, la direction de Tidjane Thiam fait l’objet de remises en cause. Son élection à la tête du parti a été contestée en justice ; sa démission du 12 mai, suivie de sa réélection le 15 mai, n’ayant fait qu’aggraver la fracture.
« Aujourd’hui, le PDCI n’a pas de candidat », déplore Jean-Louis Billon, qui réclame une nouvelle convention pour désigner une figure consensuelle.
« Le PDCI doit urgemment convoquer une nouvelle convention démocratique et inclusive pour choisir un candidat légitime, éligible et porteur d’un véritable projet », a-t-il interpellé en conférence de presse le 26 mai.
« J’appelle au débat démocratique au niveau du parti. Si je suis entendu, tant mieux, si je ne suis pas entendu, j’avance et je ramènerai cette victoire au PDCI », a averti le candidat déclaré à la présidentielle.
Maurice Kakou Guikahué, autre figure historique du parti, a lui aussi jeté l’éponge, dénonçant un manque de transparence dans la gouvernance du parti.
« Des décisions majeures sont régulièrement prises au sein du parti sans que je ne sois associé, consulté, ou informé.
Mon cursus politique ne me permet pas de m’accommoder avec les méthodes actuelles de gouvernance, telle que la tenue du 9ᵉ congrès extraordinaire du 14 mai 2025, sans président ni bureau du congrès », a-t-il tranché.
Entre espoirs éteints et figures isolées
Au PPA-CI, aucune alternative n’a réellement émergé pour pallier l’inéligibilité de Laurent Gbagbo.
L’option Ahoua Don Melo a été rapidement écartée. Quant à une éventuelle candidature de Nady Bamba, épouse du fondateur du parti, elle est plutôt apparue comme un buzz passager.
En mai 2024, le PPA-CI a entériné la candidature de Gbagbo, misant désormais sur un improbable retournement juridique.
« Nous ferons tout pour que le nom de notre président soit réintégré sur la liste électorale.
Il participera à la présidentielle de 2025 et la remportera », a affirmé Sébastien Dano Djédjé, président exécutif du PPA-CI, en conférence de presse le 18 mars 2025.
Simone Gbagbo et Affi N’Guessan, derniers espoirs crédibles ?
Dans ce paysage politique morcelé, deux noms émergent malgré tout :
- Simone Ehivet-Gbagbo, ex-Première dame et présidente du Mouvement des générations capables (MGC)
- Pascal Affi N’Guessan, président du FPI
Tous deux figurent sur la liste électorale, mais leur capacité à fédérer l’opposition demeure limitée.
« La question d’une candidature unique de l’opposition n’est pas encore d’actualité », avait prévenu Charles Blé Goudé, leader du COJEP, lui-même exclu du scrutin, lors de la mise sur pied de la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) en mars 2025.
Une dispersion du vote contestataire à redouter
Ce morcellement fragilise la capacité de l’opposition à peser sur le scrutin d’octobre.
Les appels à une candidature unique n’ont pas été entendus, et aucune plateforme unifiée n’a vu le jour. Le CAP-CI, censé rassembler les forces hostiles au pouvoir, peine à convaincre.
Laurent Gbagbo s’y refuse, Guillaume Soro en est écarté.
Dans ce contexte, les analystes redoutent une configuration similaire à celle de 2020, marquée par le boycott du scrutin par l’opposition et une réélection d’Alassane Ouattara au milieu de violences post-électorales.
Un scrutin à haut risque pour l’opposition
Pour l’opposition ivoirienne, la présidentielle de 2025 s’annonce comme un exercice périlleux. Faute de figures éligibles, de stratégie commune et d’union, elle risque d’aller à cette échéance en ordre dispersé.
À moins d’un sursaut de dernière minute, le pouvoir en place pourrait bien avoir déjà remporté la première manche.
Marc Dossa
