Société civile ivoirienne: Mieux vaut tard que jamais

par NORDSUD
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À quelques heures de la présidentielle ivoirienne, le climat n’a jamais été aussi tendu en Côte d’Ivoire. À la recherche de médiateurs ou d’organisations neutres pour calmer les deux partis, les Ivoiriens se demandent pourquoi leur société civile n’en fait pas plus.

Ce vendredi 30 octobre 2020, plusieurs organisations de la société civile sont montées au créneau pour appeler les acteurs politiques au calme, à 24 heures de la présidentielle. Guides religieux, associations de consommateurs, parents d’élèves et d’étudiants, artistes, footballeurs, etc., se sont plus ou moins exprimés ces derniers temps, sur la situation politique ivoirienne qui inquiète non seulement la communauté nationale mais internationale. C’est dans ce jeu de médiation que les organisations de la société civile veulent se faire une place. «Il est temps que nous prenons notre place en tant que société civile», indique Théodore Gnagna Zadi, président de la Confédération générale des syndicats de travailleurs de Côte d’Ivoire (Cgst-CI)

Il faut dire que le siège d’équilibriste de la société civile censée rassurer par son impartialité et sa participation constructive au bien être du pays, est presque vacant.  À quelques heures du scrutin présidentiel, il est clair que la période préélectorale marquée par une violence accrue dans les rues, se sera déroulée avec une faible implication de leur part. Même si beaucoup envisagent une crise postélectorale, la société civile doit refaire son retard.

Sensibiliser

«Ce sont deux parties qui font un bras de fer. Le plus souvent, il faut une troisième partie pour essayer de les amener au dialogue, pour éviter que la situation empire. Nous, les guides religieux avons souvent cette casquette. C’est aussi le cas pour la société civile. Mais il faut avouer que ce n’est pas toujours facile», explique Youssouf Konaté, imam de la mosquée de la base navale de Locodjoro. Qui prend le soin d’ajouter qu’à leur niveau, des séances de prières ont été organisées, notamment à la base navale de Locodjro. Et les imams et guides religieux musulmans comme chrétiens n’ont pas arrêté de sensibiliser leurs fidèles.

Toutefois, la situation de la société civile est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine, selon Satigui Koné, président de la Fédération des ONG de développement de Côte d’Ivoire (Fedoci).  «Au niveau de la Fedoci, nous menons déjà des actions dans l’ombre. Nous approchons des leaders politiques pour leur demander de venir à la table de négociation», informe Satigui Koné. 

Également président de l’Union africaine des ONG de développement (Uoad), le leader d’opinion prend le soin d’ajouter que la violence ne vient pas d’un seul camp. Une situation, à l’entendre, qui rend le contexte ivoirien difficile. Le fait que les actions des membres de la société civile restent discrètes, fait croire, selon Satigui Koné, qu’ils sont muets. Mais c’est tout le contraire.

Souleymane Fofana, coordonnateur général du Regroupement des acteurs ivoiriens des droits de l’Homme (Raidh) abonde dans le même sens. «Nous appelons à la paix et la cohésion sociale», note-t-il. La société civile joue son rôle, pour lui, mais pas de la manière qu’on voudrait peut-être.  

Crédibilité

Mais la crédibilité de ces structures joue un grand rôle dans l’équilibre des débats. Marius Comoé, directeur exécutif de l’ONG Du Cœur, par exemple, affirme que vient un moment dans la vie d’un homme où il faut faire un choix. Il poursuit qu’il a pour cela démissionné de plusieurs fonctions afin de descendre dans l’arène politique et manifester son indignation devant le troisième mandat du chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Tout comme lui, de nombreux leaders d’opinion, au sein de la société civile, ont plus ou moins un parti pris dans le débat politique. Beaucoup sont du côté de Rhdp et d’autres se trouvent dans les escarcelles de l’opposition. Ce qui, en soit, n’est pas un fait nouveau en Côte d’Ivoire.

Drissa Soulama, coordonnateur national du Forum de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (Foscao), a un autre regard sur la situation. D’après lui, tout part de la place que l’Etat lui-même accorde à la société civile. Du point de vue de la Foscao, une société civile qui n’est pas indépendante, ne peut pas prétendre prendre une place importante dans le débat politique. En l’occurrence, la société civile ivoirienne est en retrait, parce qu’elle n’a pas su s’affranchir véritablement du joug politique.

Raphaël Tanoh


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