Médecine nucléaire, c’est quoi concrêtement?

par NORDSUD
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Cela fait des années que le projet mijote au  feu. La création d’un centre de médecine nucléaire en Côte d’Ivoire a enfin été adopté pour le gouvernement. Les bâtiments sont sortis de terre et le personnel est là. Mais les Ivoiriens ignorent presque tout de cette technique de soins.

Ce mercredi, l’entrée du Centre national d’oncologie radiothérapie Alassane Ouattara (CNORAO) d’Abidjan-Cocody, offre un visage rayonnant, comme depuis son inauguration le 18 décembre 2017. Quelques personnes entrent et sortent.

Ce sont des hommes, pour la plupart. Ils viennent pour la campagne de dépistage du cancer de la prostate qui a cours ici, gratuitement. Il suffit de venir avec la somme de 2 000 FCFA, pour l’opération de prise de sang.

Quelques mois plus tôt, le centre a accueilli des dizaines de femmes, venues elles aussi pour une opération gratuite.  Le dépistage du cancer du sein.

Beaucoup parmi ces personnes qui viennent et vont, ignorent que dans un futur très proche, une technique leur permettra de déceler très tôt et efficacement, leurs cancers. Et, peut-être, d’en guérir. Cela, grâce à la médecine nucléaire.

Le centre de médecine nucléaire se trouve, par ailleurs, à quelques encablures. Juste de l’autre côté de la clôture du CHU, derrière l’administration et devant le centre de traitement des maladies infectieuses. Un bâtiment ceint de grilles et quelques annexes, en face. Les travaux des annexes sont en finition et des maçons sont encore sur place. A côté, un énorme générateur.

Bombe atomique

Lors du Conseil des ministres du mercredi 9 décembre, le gouvernement a annoncé l’adoption d’un décret portant création, attribution, organisation et fonctionnement de l’Institut de médecine nucléaire d’Abidjan (Imena). Et c’est ici. Même si la plupart des passants ignorent ce qui s’y passe.

C’est le tout premier établissement public hospitalier national dédié à la médecine nucléaire.

La nouvelle a d’ailleurs été accueillie avec interrogation par beaucoup d’Ivoiriens. Et, en se renseignant au sein du CHU de Cocody, on se rend compte que le personnel confond souvent l’Imena avec la faculté de médecine. Au sein même de l’ordre des médecins, ils sont nombreux à ne pas vouloir s’aventurer sur ce terrain…atomique.  

Et un seul nom revient : Achy Ossey Bertin, professeur titulaire de biophysique et médecin nucléaire. Entre autres, gastroentérologue, spécialiste de radiothérapie métabolique et de radioprotection.

En nous recevant dans son bureau, Achy Ossey Bertin, a l’air très préoccupé. Il est attendu pour une réunion. Et de toute façon, il préfère ne pas aborder pour l’instant, le sujet.

Si le gouvernement a annoncé la création du centre, il faut reconnaître que cela n’est pas encore matérialisé par un décret. Tous, ici, attendent donc l’effectivité de l’Imena. Mais, avant de nous congédier, le prof Achy Ossey Bertin a tout de même le temps de reconnaître que la médecine nucléaire mérite d’être expliquée aux Ivoiriens, vu l’emploi du terme nucléaire. La bombe atomique et la médecine…  

Pays africains

Pourquoi donc, les Ivoiriens auraient-ils besoin d’une médecine nucléaire ? Et qu’est-ce que c’est, au juste ? 

La définition la plus simplifiée donnée par les experts est que, lors d’un examen en médecine nucléaire, un produit radioactif est injecté par voie intraveineuse. Sa très faible dose le rend inoffensif et il agit comme un traceur. Il se fixe alors au niveau de tissus et d’organes spécifiques.

Après un certain délai, une mise en image est effectuée à l’aide d’une caméra qui détecte chaque rayonnement émis. Appelée scintigraphie, cette technique permet de détecter efficacement et de manière précoce les cancers.

Parmi les rares pays africains à utiliser à ce jour la médecine nucléaire, il faut compter la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Maroc. Mais très peu disposent d’études bien élaborées sur cette science. 

Les pays, comme la France, qui utilisent la médecine nucléaire depuis des décennies, ont eu le temps de tirer des avantages et les inconvénients de cette médecine. 

Ils en ont déduit que seule la médecine nucléaire moderne permet de faire des études précises et fines du métabolisme et de l’image de nos principaux organes. Elle est incontournable dans le diagnostic et le suivi des cancers.

Elle peut aussi être utile dans le cadre des maladies inflammatoires, neurologiques (tumeurs, Alzheimer, Parkinson, épilepsie, etc.), dans le diagnostic et le suivi de certaines pathologies cardiaques et même dans le traitement de certaines maladies de la thyroïde.

De plus, certains examens comme la scintigraphie peuvent être indiqués à une grande variété de personnes allant des nourrissons aux personnes âgées. Seules les femmes enceintes doivent consulter avant examens.

En France où des études ont été menées, 40 à 50% des cancers sont traités par radiothérapie. On dénombre plus de 500 000 examens en médecine nucléaire et environ 100 000 patients subissent une radiothérapie.

La détection de tumeurs et de cancers est rendue beaucoup plus facile et claire avec les nouvelles technologies d’imageries faisant appel au nucléaire qu’avec les anciennes techniques plus traditionnelles.

Diagnostic

Elle permet aussi de pouvoir réaliser des diagnostics sur des personnes très faibles sur lesquelles des méthodes plus lourdes ou plus invasives auraient été contre-indiquées.

La médecine nucléaire est nettement plus avantageuse sur un plan économique qu’une intervention chirurgicale, par exemple.

Mais qu’en est-il des effets néfastes ? En général, c’est là que tout le monde prête attention, à cause des termes, nucléaire et radioactif. Mais, selon le résultat de l’étude menée en France, la dangerosité de cette médecine provient essentiellement de la surveillance des machines. L’équipe chargée de cette tâche doit être qualifiée. Ils doivent être des pros.

En attendant, en Côte d’Ivoire, la construction du bâtiment et des annexes de l’Imena, ainsi que l’équipement de ses locaux coûteront 1,2 milliard de francs CFA.

Ils sont quasiment achevés, grâce au projet de financement bipartite Côte d’Ivoire-Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea). Et le gouvernement rassure que des médecins, du personnel paramédical et des bio-techniciens formés en médecine nucléaire par l’Aiea, sont prêts à assurer la prise en charge des malades.

Seul mystère pour l’instant, le coût des examens.

Raphaël Tanoh

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