Corruption: La dernière guerre de Ouattara

par NORDSUD
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Le ton est donné. La nouvelle impulsion de la lutte contre la corruption a semble-t-il démarré le 14 juin 2021. Un peu moins d’une dizaine de responsables d’entreprises publiques ont été relevés de leurs fonctions, suspendus et même écroués à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan pour l’un d’entre eux. Un communiqué du gouvernement justifie ces «suspensions à titre conservatoire» suite à des investigations préliminaires et des audits sur la gouvernance de certaines structures de l’Etat.

Le malaise dans l’opinion. Cette opération mains propres, par son ampleur, déroute. Elle déroute les détracteurs du régime. Alassane Ouattara retire de la bouche de ses contempteurs  la possibilité de critiquer le pouvoir sur son incapacité supposée à lutter contre la corruption.

Cette opération déroute également les soutiens du régime. Ils se méfient de cette grande lessive dans leur maison. Ils s’inquiètent des répercussions et peut-être même des risques d’affaiblissement de l’appareil vu que certains hauts cadres impliqués dans ces affaires jouent un rôle clé au sein du RHDP.

La détermination du Président. Contre vents et marées, adversaires ou partenaires, Alassane Ouattara trace son cap sur la moralisation de la vie publique. Il a reçu le jeudi 25 novembre 2021, dans la solennité de la République, le rapport annuel de l’Inspection générale d’État. Qui a encore pointé des dysfonctionnements et même des fraudes dans certains services publics.

Le chef de l’État veut faire prendre au pays le tournant de la rigueur. Il a pris la pleine mesure des dangers de la corruption sur la qualité de la gouvernance, sur la stabilité des institutions et même sur le crédit qu’il a forgé de son régime, patiemment, années après années, depuis 2011.

La corruption, il le sait, a atteint un seuil. Elle est devenue endémique. Tout le corps social est touché. Le fléau s’est enraciné dans notre environnement. Au point de prendre des apparences de normalité.

Les dirigeants d’entreprises visés sont tous frappés par des décisions provisoires. Ils sont certes présumés innocents.

Le seuil d’intolérance. Mais il faut avoir la force de le dire ! Certains d’entre eux, longtemps assurés d’une impunité, ont clairement, ostensiblement, publiquement violé toutes les règles (textes et code de bonne conduite) et volé dans les caisses de la République. De vrais bandits aux cols blancs !

On s’étonne d’entendre dire bien souvent que le président n’a commencé sa croisade contre la corruption que maintenant, bien tardivement. Pas très juste ! Le chef de l’Etat a sonné l’alerte déjà en 2012. Il avait soutenu et fait adopter lui-même en conseil des ministres le plan national de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption dont on a tiré une ordonnance et une institution : La haute autorité pour la bonne gouvernance.

Le 18 décembre 2014, le ministre auprès du Premier ministre chargé du Budget de l’époque, Abdramane Cissé avait signé une circulaire musclée à l’attention des responsables d’entreprises publiques pour rappeler les règles de bonne gouvernance. La circulaire faisait la longue liste des manquements des organes d’administration et de gestion desdites entreprises. Étaient pointés pêle-mêle le pilotage solitaire des dirigeants, la mauvaise gestion financière, des choix stratégiques risqués, une politique de ressources humaines inadaptée, des attributions de marchés en dehors des bonnes règles…Et la circulaire a fait des recommandations fortes pour une mise en œuvre au 30 juin 2015.

Depuis, les 81 entreprises publiques sont sous surveillance permanente. Le ministère du Budget et du portefeuille de l’État a mis en place un mécanisme de contrôle depuis 2016. Les entreprises sont évaluées. Et des objectifs leur sont assignés. Le bilan de la dernière revue faite par le ministre Moussa Sanogo en conseil des ministres le 16 juin 2021, est sans appel : Sur les 81 sociétés d’Etat, 10 sont pointés dans le rouge. A fin 2020, elles ont perdu ou fait perdre à l’Etat près de 56 milliards de francs CFA.

Ce sont ces entreprises là et quelques autres encore qui sont étroitement auditées.

Une longue marche vers la transparence. Les premiers résultats sont tombés certes. Mais Ouattara sait que sa lutte contre la corruption est une guerre de longue haleine. Il a donné un signal fort de sa détermination en nettoyant les écuries de l’État.

Mais il en faudra encore davantage pour maintenir la dynamique de lutte contre la corruption.

D’abord, il faut moraliser les institutions et les corps qui veillent sur la loi et sur l’ordre. Il s’agit des législateurs (gouvernement, parlements) ; ceux qui font la loi; il s’agit des corps judiciaires et ses auxiliaires ; ceux qui disent le droit ;  il s’agit des forces de défense et de sécurité; ceux qui assurent la bonne exécution des lois.

Fondamental ! Car, comment sécurise-t-on le résultat d’un match, quand l’arbitre et les juges de touche sont corrompus. La moralisation de la société passera absolument par ces corps.

Ensuite, il faut mettre de la cohérence et un peu d’énergie dans l’action des acteurs institutionnels multiples et multiformes qui oeuvrent à la promotion de la bonne gouvernance.

Enfin, pour préparer l’avènement de «l’Ivoirien Nouveau» dont le Président a lancé le concept lors de sa campagne présidentiel de 2015, il va falloir travailler à une sensibilisation accrue des élites et des masses. En Côte d’Ivoire, la tolérance sociale envers le fait de corruption est le premier facteur de promotion du fléau.

Alassane Ouattara est sur tous les fronts. Après le développement économique et social, la stabilité des institutions, la paix durable, la corruption sera sans doute la dernière et la plus délicate des batailles pour remporter la guerre de la transformation structurelle de notre pays.

MÉITÉ SINDOU

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1 commentaire

MOUSTAPHA SIBI 30 novembre 2021 - 22h55

Très bonne analyse!

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